La ferme du Vivrou,

du bio à la roche-en-ardenne

 

A La Roche-en-Ardenne, la Ferme du Vivrou est une exploitation familiale depuis trois générations. En 1997, alors que le monde agricole était secoué par plusieurs crises et que son lien au consommateur s’étiolait, la Ferme du Vivrou décidait de passer en « bio ». Retour sur cette exploitation.

LE PROJET

 

C’est en 1983, suite à leur mariage, que José et Caroline Annet ont repris la ferme familiale. Les parents de José leur ont alors transmis une cinquantaine d’hectares et un troupeau de vaches blanc-bleu. Au début, Caroline travaillait encore à Bruxelles, dans le secteur bancaire. « Il faisait noir quand elle partait, et noir quand elle rentrait », se rappelle José. Cela a duré huit jours à peine avant qu’elle ne quitte son emploi pour revenir à La Roche-en-Ardenne, où se situe l’exploitation. Avec elle, la Ferme du Vivrou a alors connu un premier agrandissement.

 

Quelques années plus tard, à partir de 1992, le couple a diversifié son activité et ouvert des gîtes. Outre le revenu complémentaire généré, les gîtes ont permis de nombreuses rencontres. Pour José et Caroline, c’était notamment l’occasion d’interroger directement les consommateurs sur leurs habitudes : « Une fois par semaine, on prenait un verre avec les gens des gîtes avec qui le courant passait bien et on leur demandait, ‘’vous mangez quoi, pendant une semaine ?’’ ». Le constat était sans appel : « On sortait du problème des hormones, il y a eu la vache folle, puis la dioxine… Les gens avaient peur de leur alimentation ! » Pour José et Caroline, la réponse à formuler était claire :  « On s’est dit ‘’Il faut qu’on change de cap !’’» 

 

L’ exploitation était alors encore conventionnelle mais, dit José, « presque bio ». « On ne pulvérisait pas beaucoup, on ne mettait pas beaucoup d’engrais (…) On aimait déjà bien mettre des luzernes et des trèfles dans nos fourrages… », se remémore-t-il. Le bio, ils y pensaient d’ailleurs déjà, continuer en tant qu’exploitant conventionnel ne semblait plus possible : « En tant que petit conventionnel, si je voulais tenir il fallait que je sois plus gros, que je ‘’mange’’ mon voisin pour avoir de la place. Et c’était pas du tout le but. On a agrandi mais… pas en écrasant les autres ! ». Adapter l’exploitation pour la faire reconnaître en bio a donc semblé tout naturel.  

 

Un obstacle restait cependant, le troupeau de blanc-bleu :  « Elles étaient toutes avec des césariennes. Or pour le bio il fallait 20% de césariennes au maximum », explique José, avant de poursuivre, « On s’est alors dirigés vers la Limousine, parcequ’on trouvait que c’était la race qui correspondait le mieux au mode de production qu’on avait ici ». Cette race française valorise en effet très bien l’herbe, qui peut être produite en abondance sur les terres ardennaises. Depuis 1997, c’est officiel, les produits de la Ferme du Vivrou sont bio. 

 

On sortait du problème des hormones, il y a eu la vache folle, puis la dioxine… Les gens avaient peur de leur alimentation !

José Annet

Actuellement, la ferme fait une centaine d’hectares et comporte un troupeau de 70 vaches ainsi qu’une centaine de brebis. « Dans le pâturage, les vaches et le mouton se complètent très bien », explique José. On y graisse quelques cochons également, « quand on en trouve. 60 , 70 porcelets ». José et Caroline font pousser des céréales, principalement de l’épeautre et du seigle, qu’ils réservent pour les bovins et les brebis, « parce que les agneaux ont besoin d’un aliment spécifique. Plus courte est la vie de l’animal, plus spécifique doit être l’alimentation ». Des prairies permanentes ou temporaires occupent, enfin, une vingtaine d’hectares.  

Pour vendre sa viande, la Ferme du Vivrou est d’abord passée par la grande distribution avant de s’adresser à la coopérative Porc Qualité Ardenne, puis de co-fonder, en 2010, « Limousin Bio d’Ardenne », LBA. Composée d’entre 40 et 50 producteurs, cette coopérative a été créée en 2010. C’est maintenant par elle qu’est distribuée la majeure partie de la production de viande bovine de la ferme, « une vache assez goutue, bien grasse ». Grâce à la constitution du groupement de producteurs PréBio avec l’exploitant Alain Burhain, la Ferme du Vivrou vend également des colis de viande aux particuliers « On tue une vache et deux cochons pour avoir de la viande de porc mélangée à du hâché de vache, pour les particuliers ». Une petite part de la production rejoint, enfin, les rayons des magasins Delhaize.

 Interrogé sur les défis d’avenir du secteur agricole, José répond qu’il faut veiller à  « communiquer le plus possible avec le consommateur », rappelant ainsi la période où lui-même a transformé son exploitation suite aux échanges avec les visiteurs de ses gîtes. 

« Il faut aussi tâcher d’arriver le plus possible à l’autonomie alimentaire », ajoute-t-il.  

Plus que jamais, les obstacles à dépasser seront également financiers. Quand il a repris sa ferme en 83, raconte José, c’était au prix de taux d’intérêt élevés et grâce à un fond d’investissement. Ce n’était pas facile, mais Caroline et lui ont réussi à payer leur ferme, à en vivre et même à l’agrandir. Aujourd’hui, le calcul est tout autre. Les aides sont bien plus nombreuses : soutien au bio, verdissement, vache allaitante… Mais, se désole José, « avec toutes les aides qu’on nous donne, on arrive tout juste » à s’en sortir. 

 

Ces défis, c’est surtout son fils qui y fera face à l’avenir. Depuis 5 ans en effet, Pierre est en association avec ses parents pour l’exploitation de la ferme, qu’il pourra, plus tard, reprendre. Son père s’en réjouit, conscient que ceux qui font ce choix sont de plus en plus rares : « Les reprises d’exploitations par des jeunes, ça se compte sur les doigts de la main».Bien sûr, les questions de rentabilité et les difficultés du métier influencent les choix des jeunes. Mais ce n’est pas tout : « Pour que les enfants aient envie de reprendre, il faut aussi qu’ils voient que leurs parents sont heureux (ndlr : dans ce métier) ». Si Pierre n’avait pas voulu être agriculteur « on ne l’aurait pas lié dans l’étable pour qu’il reste ! », s’amuse José. « Mais on est contents qu’il veuille le faire », conclut-il. 

 Il faut aussi tâcher d’arriver le plus possible à l’autonomie alimentaire.

José Annet

 Pour que les enfants aient envie de reprendre, il faut aussi qu’ils voient que leurs parents sont heureux (ndlr : dans ce métier) ”. 

– José Annet, agriculteur

GALERIE

Découvrez les photos du projet

Ce projet est possible grâce au financement du FEADER, notamment à la Mesure 11 du Programme wallon de Développement rural, co-financée par la Wallonie et l’Europe.

Découvrez-en plus sur le Programme wallon de Développement Rural et son réseau :
www.reseau-pwdr.be