Il est bon, le melon de Fernelmont

 

Quand on pense melon, on pense plus souvent au sud de la France qu’à la région namuroise… Et pourtant, c’est bien à Fernelmont, Wasseiges et Andenne que 6 producteurs ont décidé de lancer une production locale de melon, avec le soutien du GAL Meuse@Campagnes.

LE PROJET

Nous sommes à la mi-juillet : la saison bat son plein lorsque Xavier Anciaux nous reçoit au cœur des Jardins d’OO situés à Fernelmont. Et parmi les courgettes, aubergines, choux et autres tomates, une plante un peu plus inhabituelle est nichée au cœur de ses serres : du melon. Depuis près de 2 ans, le melon est cultivé au cœur de la région namuroise par plusieurs agriculteurs, le tout encadré par le Groupe d’Action Locale Meuse@Campagnes.

Mais pourquoi le melon ? « Parce que le melon est un produit d’appel pour les maraîchers, il arrive au bon moment de la saison, c’est-à-dire quand on déborde de légumes et qu’on a des difficultés pour les vendre, explique Xavier Anciaux. Le melon étant un produit d’appel assez important ça nous permet de vendre du melon à nos clients, de faire plaisir avec ce bon melon, mais aussi d’écouler les autres marchandises qui sont à côté. » Un produit d’appel donc, mais aussi une forme de solution à un constat posé par le GAL : les agriculteurs produisent globalement les mêmes légumes, et ils ont besoin d’un produit différent pour attirer l’attention du consommateur.

L’une des clés de voûte du projet, ça a été la collaboration et non la concurrence entre les producteurs : « Il faut assurer le côté collectif et entraide, je trouve que c’est cela qui est le plus important, souligne Gaël Pech, chargé de mission au sein du GAL Meuse@Campagnes. Quand on a un groupe, il faut toujours en entretenir le dialogue, autant sur la partie culture, échanges de bonnes pratiques que sur la partie commerciale. » Un climat de solidarité notamment cultivé grâce au GAL.

Rapidement, la première fête du « Bon Melon de Fernelmont » a eu lieu, en août 2019. « Il y avait pas mal de monde, c’était un événement vraiment intéressant, se réjouit Gaël Pech. On a vu qu’il y avait une forte demande. A ce moment-là il n’y en avait qu’un seul qui avait du melon, Xavier, et donc ça a créé une vraie frustration, une vraie attente. »

Notre biodiversité est en train de se crasher. Il y a toute une série d’insectes, d’oiseaux, de mammifères qu’on ne trouve plus dans nos campagnes et c’est clairement dû aux pesticides, soyons bien clairs. Le choix du bio, c’est vraiment pour sauvegarder la biodiversité

Xavier Anciaux

Le plus compliqué dans la mise en place de ce projet selon Xavier ? Convaincre les maraîchers de se lancer : « Convaincre en effet que faire une serre de melon, ça vaut la peine. Mais si on ne fait que du melon dans sa serre ça n’ira pas, donc avant je dois faire des légumes et après je fais des légumes, précise Xavier. Olivier a compris tout de suite que sa petite serre était rentable, il a compris tout de suite que son petit magasin était rentable, mais il faut avoir une certaine ouverture et l’opportunité de le faire. Tout le monde n’est pas en position de le faire, parfois on croule sous le boulot, on croule sous les remboursements, on a un modèle qui tient plus ou moins la route et on ne va pas le quitter pour se faire peur avec une serre de melons. »

Issu d’une famille d’agriculteurs dits « traditionnels », Xavier était lui-même entouré de personnes un peu sceptiques quant à son projet de maraîchage bio : « Au début, ils rigolaient bien de moi avec mon cheval de trait et mes 30 ares, et se disaient ” tu t’amuses quoi “. Après quand ils viennent sur le terrain, quand ils voient la production, ils ne disent plus la même chose, sourit-il. En termes de rentabilité, c’est hyper rentable, je peux comparer mes chiffres avec un hectares de céréales, en légumes c’est battu à plate couture. »

C’est plein d’enthousiasme en l’avenir de leur « Bon Melon » que Xavier, Emilie, Olivier, Christophe V., Adriano et Christophe H. poursuivent leur saison maraîchère, en collaboration avec le GAL Meuse@Campagnes.

Ce qui nous intéresse ici c’est l’autonomie quant à la production du melon et vraiment avoir une spécificité. On est en train de tester de vieilles variétés qui nous été recommandées par le semenci.

Xavier Anciaux

Le lien avec le consommateur s’est fait assez naturellement : « Le consommateur est en recherche de bio, de circuits courts, de produits de qualité, de proximité avec les producteurs, donc ils sont enchantés de venir rencontrer les producteurs de melon le jour de la fête mais ce qui nous intéresse c’est qu’ils reviennent bien sûr » confie Xavier Anciaux. Et pour lui, il existe plusieurs moyens de fidéliser le consommateur : « avec des produits de qualité, ça c’est sûr, la première chose. Je pense que d’abord c’est cela qui fait revenir le mangeur et puis avec un accueil chaleureux, avec une véritable attention envers leur demande. Il y en a qui aiment plutôt ceci, plutôt cela. Et on essaye de leur proposer des produits qui répondent à leur demande. Il faut vraiment être à l’écoute des besoins du client. »

Et la cerise sur le gâteau pour ce bon melon ? Il est bio ! Un choix fait par Xavier, pleinement conscient des défis environnementaux auxquels doit faire face l’agriculture : « Notre biodiversité est en train de se crasher. Il y a toute une série d’insectes, d’oiseaux, de mammifères qu’on ne trouve plus dans nos campagnes et c’est clairement dû aux pesticides, soyons bien clairs. Le choix du bio, c’est vraiment pour sauvegarder la biodiversité. » Mais aussi pour produire des légumes de qualité : « Je pense que l’avenir de l’agriculture va vers des produits sains, qui s’intéressent à la santé de nos clients, et à la santé de notre biodiversité. »

Une problématique s’est rapidement imposée aux maraîchers : le recours aux semences dites « hybrides », c’est-à-dire des semences conçues par l’industrie agro-alimentaires pour mieux résister aux maladies et fournir des produits standardisés. « Ce sont des semences qui vont avoir une seule vie » explique Gaël Pech. Le maraîcher est donc obligé de racheter des semences chaque année, et cela crée une dépendance de l’agriculteur face à l’industrie. Le projet a donc rapidement évolué, avec l’accompagnement du GAL, vers le test de semences dites « paysannes » : « On fait des tests sur d’autres melons pour voir si on arrive au même niveau de qualité pour pouvoir les reproduire nous-mêmes, précise Xavier Anciaux. Ce qui nous intéresse ici c’est l’autonomie quant à la production du melon et vraiment avoir une spécificité. On est en train de tester de vieilles variétés qui nous été recommandées par le semencier. »

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GALERIE

Découvrez les photos du projet

Ce projet est possible grâce au financement du FEADER, notamment à la Mesure 19 – LEADER (GAL Meuse@campagnes) du Programme wallon de Développement rural, co-financée par la Wallonie et l’Europe.

Découvrez-en plus sur le Programme wallon de Développement Rural et son réseau :
www.reseau-pwdr.be